"La quête du lieu acceptable c'est la colonne vertébrale de l'errance.." écrivait Raymond DEPARDON.Se dégager du passé trop présent et recevoir le présent comme un cadeau puisqu'on le nomme ainsi. L'errance est une espèce de quête du lieu acceptable, une quête aussi de ces zones intermédiaires, avec toujours cette même question sans réponse, que TOSQUELLES posait sans plus de détour : qu'est ce que tu fou là?
L'aventure de l'errance c'est aussi apprendre à vivre dans le présent, j'ai un problème avec le présent. Je me réfugie souvent dans le passé ou je me projette vite vers un futur lointain, avec toute sa part de virtuel, de fantasme, de création que cela implique... et les désillusions que cela génère.
Alors vivre dans l'ici et maintenant au lieu d'être dispersée, partout et ailleurs...C'est un travail de chaque jour. Quand on est dans les nuages, il faut construire l'échafaudage qui nous conduira jusqu'à la terre sans perdre pied et en gardant une place pour nos rêves nombreux. Comme j'avais écrit un jour : "pour garder la tête dans les nuages voir un peu dans la lune, en ayant les pieds sur terre il faut avoir des jambes drôlement longues"
"Mais il faut faire ma valise.
Il faut absolument que je fasse ma valise, ma valise. Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison"
4 octobre 1930 Fernando Pessoa
J'ai bien conscience que cette errance aujourd'hui est un luxe. Dans un monde qui s'accélère tous les jours, un rythme fou qui nous entraine dans cette machine infernale, on ne génère ni pensée ni passé. Quels souvenirs garder de cette course effrénée? les images n'ont pas le temps de s'imprimer sur la rétine ou de ce graver sur la pellicule. Alors oui, nous vivons dans un monde dans lequel, prendre son temps devient un luxe.
Si pour certains le départ est la fuite, quelque soit la destination,on se retrouve toujours au bout du chemin. Les soirs de solitude ont sans doute une autre saveur de l'autre côté de l'océan...allons voir. Quand on entreprend un tel voyage, on a toujours peur du renoncement, de soi, de ne pas être capable d'accepter la distance, de l'échec..
Créer du lien entre chaque morceau épart de sa vie, prendre du recul pour mieux apprécier le tableau et l'envisager dans sa globalité pour mieux l'habiter. Créer du lien pour se réunir, pour se rassembler, pour donner du sens à tous ces hasards qui n'en sont rien.
L'errance est autre chose qu'une fuite, c'est une quête, un pari qu'on se lance à soi même.